• Jargon des tranchées: Anastasie ou la censure


    André Gill - Madame Anastasie (1874).
     
    Surnom donné à la censure des journaux, lié à la représentation graphique d’une vieille femme dotée de grands ciseaux. La figure existait avant la guerre (cf. le Nouveau Larousse illustré, s. d., autour de 1900). Elle avait été créée dans le monde des arts, du théâtre et des lettres. Volontairement dépréciative, cette image renvoie à l’idée d’une mégère furieuse, usant de ses outils pour couper aveuglément le contenu des journaux, sans logique apparente. Née des nombreuses incohérences de traitement constatées par les contemporains dans la presse (un article sur un sujet donné censuré alors que dans un autre journal un autre article sur lemême sujet « passait » en intégralité ; un article censuré reproduit dans un autre journal un ou deux jours après, cette fois sans censure ; un article anodin censuré pour d’obscures raisons...), « Anastasie » stigmatisait l’arbitraire des décisions prises par les services de censure, dans la bouche ou sous la plume de leurs détracteurs. C’est d’ailleurs cette image d’une censure irrationnelle qui se perpétua après la guerre.
    Dans les faits, les incohérences initiales furent assez vite remplacées par une application des consignes de plus en plus stricte et rigoureuse.
     
    Une carte d'un Poilu sur la censure:
    Comme elle n'est pas très lisible, en voici la transcription
     
    Pas de Calais, le 7 août 1915 (6 h soir)
     
    Ma chère Geneviève,
     
    Je t'ai écrit ce matin mais je n'hésite pas à t'écrire encore ce soir pour t'informer d'une chose que Dxxx m'a communiqué ce soir. Voici  : à partir du 10 août prochain, les lettre envoyées par les soldats devront être mises dans des enveloppes ouvertes pour être lues par un officier censeur qui existera par régiment.  
     
    Celui-ci après les avoir lues les cachétera ensuite. Dans ces conditions tu ne t'étonneras pas si je suis très sobre et très sec en paroles avec toi, mais tu penseras toujours que ton Georges t'adore et n'aimera que toi jusqu'à son dernier souffle.
     
    Pas besoin de confier à des inconnus nos impressions et nos effusions de tendresse. Pourquoi ces rigueurs ? Cela se devinne : la guerre dure, les soldats s'ennuient et communiquent leurs impressions aux leurs. On craint l'xxxxxx qui peut éclater d'un jour à l'autre. Il faut l'éviter. Je te ferai remarquer qu'il...
     
    Le Journal « La Frontière » visé par la censure des autorités militaires
     
    « Décédé à l'age de 76 ans, 5 mois et 6 jours en 1722Quid des AD 16 en ligne ? »

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