Relevé sur le Petit Courrier d'Angers du jeudi 5 novembre 1914
L’ancêtre
Guillaume, le bandit qui porte la couronne,
A vêtu sont plus riche uniforme ; ils plastronne
Devant l’armoire à glace et dit : « Que je suis beau !
Le monde policé voit en moi son flambeau,
Je suis plus que le droit, puisque je suis la force.
J’ai bien un bras manchot, mais quel effet de torse !
Puisque la gloire est femmes elle doit ‘adorer.
Mes soldats sont experts dans l’art de se terrer
Et mieux que les brigands célèbres des Abruzzes,
Pour tromper l’ennemi savent toutes les ruses.
J’ai brûlé Mons, j’ai brûlé Reims, et c’est en vain
Que pour sauver l’Hôtel de Ville de Louvain
On m’a dit que c’était très beau ; ça je m’en moque,
Et j’ai brûlé Louvain. Je veux que mon époque
Soit celle du néant. Sur mon trône affermi ,
Je me ris de Clovis comme de Saint-Rémi ;
Je suis le tout puissant empereur d’Allemagne,
Le successeur de Charlemagne. «
Et Charlemagne lui répondit : « Malheureux, tu ne comprends donc rien
Nous étions des Germains, tu n’es qu’un Prussien.
Joyeuse combattit avec persévérance
Pour la foi, le Génie et la langue de France.
Roland valait bien mieux, petit, que tu ne vaux,
Et mes Francs ne sont pas tous morts à Roncevaux.
Ne vient pas insulter les gloires ancestrales.
Non, tu n’es pas mon fils, brûleur de cathédrale ! »
Et Guillaume reprit : « ne tient-il qu’à cela ?
Je remonte plus haut : je suis fils d’Attila,
Le terrible fléau, le conquérant superbe.
Et je me bats l’univers comme on bat une gerbe. »
Et devant lui se dresse Attila : « Non, tu mens,
Si Dieu m’a confié jadis les châtiments
D'un monde criminel, j’ai su rentrer le glaive
Devant les bras en croix de Sainte Geneviève,
Et tu te targueras, toi, d’avoir massacré
Pour première victime un malheureux curé.
Tu vantes ta culture et j’étais un barbare.
Au jugement dernier, nous serons à la barre
Tous les deux : je pourrais te dire alors : Va-t-en,
J’obéissais à Dieu, ton maitre était Satan. »
« Ces ancêtres une, pensa Guillaume sont grotesques.
Laissons-les déclamer leurs sermons pédantesques
Bons pour le petit peuple et le menu public.
J’imite au moins le grand Frédéric. »
Frédéric, avec un mauvais rire imité de Voltaire,
Lui frappe sur l’épaule et dit : Veux –tu te taire
J’étais voleur, j’étais trompeur, j’étais cruel,
Me moquant de l’enfer et me moquant du ciel,
Et presque autant que toi fourbe et méchant, en somme,
Mais j’avais de l’esprit et restais gentilhomme.
Je n’ai jamais chipé de pendule ; jamais
Je ne me serais mis au cas où tu te mets,
Et, portant fièrement ma cuirasse de buffle.
J’étais un scélérat mais n’étais point un muffle
Ton manque de bon ton m’a fort scandalisé. »
Guillaume de ce coup fut un peu défrisé.
« Soit, dit-il, je n’aurais de guide ni d’exemple.
Mais la gloire à venir n’en sera que plus ample.
La victoire me suit et j’ignore l’échec.
Si je suis sans parents, comme Melchisédec.
Que n’importe ? Avec moi le Destin coopère. »
Mais une voix den bas cria : je suis ton père,
O fils très ressemblant dans lequel je revis
Mes exemples par toi furent toujours suivis.
Et, si tu n’es mon sang, par tes exploits multiples
Tu t’es montré le plus parfait de mes disciples :
Cabotin, sacrilège, ignoble, fanfaron. »
Le Kaïser demanda : « Qui donc es-tu ? »
- « Néron. »
Xavier DE LA PERRAUDIERE