Relevé dans les Affiches d'Angers d'aout 1784

Tournelle Criminelle (*)
Celui qui ne craint pas de céder à un penchant illicite, finit souvent par souiller sa vie par un crime.
Cette vérité importante, à laquelle on ne fait pas assez d'attention, devroit être présenteà l'esprit;
elle arrêteroit la fureur des passions, & offriroit du moins à l'homme cette consolation de le paix de l'ame,
sans laquelle il n'est point de félicité.
Un journalier, nommé François Moinot, de la Paroisse de St. Romain, Sénéchaussée de Civray, vivoit en bonne
intélligence avec sa femme. Leurs travaux suffisoient à leur subsistance, & à celle de leur enfans.
Si Moinot n'eût pas cédé à une passion violente, ces deux époux vivroient encore tranquilles, & il n'eût pas terminé
sa carrière par le plus abominable des forfaits. Cet homme fit la connaissance de la nommée Segaret, fille d'un laboureur
du voisinage. Il concut pour elle la passion la plus forte; de son côté, elle devint sensible à l'amour de Moinot;
& il a été prouvé au procès qu'ils avoient eu ensemble des habitudes criminelles. Ces deux coupables formèrent le prjojet
de s'unir, & pour l'exécuter, Moinot conçut le détestable dessein d'empoisonner sa femme & ses enfans.
Ce scélérat ayant acheté de l'arsenic, épia le moment où il pourroit consommer son forfait. Etant entré dans sa maison
en l'absence de sa femme & ses enfans, il mit du poison dans la soupe destinée à sa famille. Sa femme & ses enfans
n'eurent pas plutôt mangé de cette soupe, qu'ils éprouvèrent tous les symptômes de l'empoisonnement. L'ainé des enfans de Moinot
étant mort dans des convulsions affreuses, le bruit de cet évennement se répandit dans le village, & les soupçons s'arrêterent sur Moinot.
La Justice ayant fait constater le délit, le coupable & sa complice furent conduits en prison; & après une instruction
très-ample, Moinot fut déclaré convaincu d'avoir empoisonné sa femme & ses enfans: & pour réparation, condamné à être rompu
vif & jetté au feu. Sur l'appel de la sentence des premiers juges, les accusés ont été transférés à la Conciergerie; & la fille Segaret y est morte le 21 Septembre 1783. Six jours après Moinot a été condamné à faire amende honorable, avec écriteau portant ces mots;
Empoisonneur de sa femme et de ces enfans, & à être ensuite rompu & jetté au feu.
(*) Tournelle Criminelle
La Tournelle (littéralement la « petite tour ») peut se référer à :
Source Wikipédia